ORIGINES
DE L'OPERA CHINOIS
Marqu¨¦s par des origines lointaines
et une ¨¦volution complexe, les op¨¦ras traditionnels
chinois n'ont cess¨¦ d'emprunter des ¨¦l¨¦ments ¨¤ la
danse, ¨¤ la musique, ¨¤ la po¨¦sie, ¨¤ l'acrobatie et
aux arts martiaux pour finalement devenir un art en soi.
En voici un bref aperçu historique.
D¨¨s
la haute antiquit¨¦, po¨¦sie, musique et danse tiennent
une place importante. Des danses ¨¤ caract¨¨re rituel
¨¦taient ex¨¦cut¨¦es afin de louer les divinit¨¦s, chasser
les mauvais esprits et c¨¦l¨¦brer les r¨¦coltes. L'art
th¨¦âtral chinois trouverait alors sa source dans
ces cultes, synth¨¨se de chants et de danses, composantes
fondamentales de l'Op¨¦ra chinois.
Par
la suite, ces diverses formes artistiques (chants, danses,
acrobatie...) furent traditionnellement rassembl¨¦es sous
l'appellation des "Cent Jeux", dont les repr¨¦sentations
¨¦taient le plus souvent donn¨¦es en plein air. Ces "Cent
Jeux" devinrent progressivement une forme artistique
¨¤ part enti¨¨re, comportant bientôt une intrigue
simple. Notons ¨¦galement l'importance de la tradition
orale (histoires et l¨¦gendes) qui influença le
d¨¦veloppement du th¨¦âtre en nourrissant son inspiration.
Sous la royaut¨¦ des Zhou ( XIe s. - 221 avant notre ¨¨re)
des orchestres accompagnent les danses rituelles. L'¨¦poque
des Printemps et Automnes, puis celle des Royaumes Combattants,
voient apparaître des acteurs sp¨¦cialis¨¦s destin¨¦s
¨¤ distraire princes et aristocrates. Une nouvelle composante
voit le jour avec la dynastie des Han (IIe s. avant -
IIe s. apr¨¨s) : les wushu ou arts martiaux font d¨¦sormais
partie du spectacle.
Aux
Ve et VIe si¨¨cles, alors que la Chine est morcel¨¦e en
de multiples royaumes, chaque ethnie contribue ¨¤ la diversification
de l'art th¨¦âtral en d¨¦veloppant des formes d'op¨¦ras
sp¨¦cifiques et, d¨¨s le d¨¦but des Tang (618-907), la
cour institue le Jiafong, ou conservatoire de musique,
charg¨¦ de la formation des artistes.
A cette ¨¦poque, la musique et la danse connaissent un
d¨¦veloppement consid¨¦rable et la richesse de la litt¨¦rature
influence durablement l'¨¦volution du th¨¦âtre en
fournissant de nouveaux th¨¨mes d'inspiration.
L'empereur
Minghuang (alias Xuanzong 712-756) participe au d¨¦veloppement
des arts sc¨¦niques par son soutien enthousiaste et cr¨¦e,
dans l'actuelle ville de Xi'ian, l'Acad¨¦mie du "Jardin
des Poiriers", premi¨¨re institution officielle et
professionnelle qui rassemble trois cents artistes ¨¦m¨¦rites.
D¨¨s lors, les interpr¨¨tes furent appel¨¦s "disciples
du Jardin des Poiriers". Autrefois il ¨¦tait fr¨¦quent
de trouver l'effigie de Minghuang dans les coulisses des
th¨¦âtres, les artistes le consid¨¦rant comme leur
"saint patron" .
Sous
la dynastie des Song (960-1279), la cr¨¦ation dans le
domaine musical et th¨¦atral fait de remarquables progr¨¨s.
On assiste ¨¤ l'apparition du zaju, drame po¨¦tique mis
en musique, ¨¤ une floraison de chefs-d'oeuvre et au d¨¦veloppement
des quartiers d'amusement vou¨¦s au divertissement.
Avec
l'¨¦poque des Yuan (1279-1368), l'op¨¦ra chinois connaît
son ultime ¨¦volution et parvient ¨¤ sa forme d¨¦finitive.
Sous
les Ming (1368-1644), on assiste ¨¤ l'¨¦panouissement
des op¨¦ras locaux au sein des diff¨¦rentes provinces,
avec leurs particularit¨¦s r¨¦gionales; tandis que la
naissance de l'Op¨¦ra de P¨¦kin interviendra sous la dynastie
mandchoue des Qing (1644-1911).
Il
y a un peu plus de deux si¨¨cles, en 1790, l'Empereur
Qianlong donna l'ordre aux artistes les plus talentueux
de chaque province de venir se produire ¨¤ P¨¦kin afin
de c¨¦l¨¦brer ses quatre vingts ans. Le succ¨¨s fut ind¨¦niable
et plusieurs de ces diverses traditions th¨¦âtrales
d¨¦cid¨¨rent de rester dans la Capitale. L'association
de deux troupes th¨¦âtrales, originaires de Hubei
et d'Anhui, aurait progressivement donn¨¦ naissance ¨¤
l'Op¨¦ra de P¨¦kin (Jingju) par la fusion de leurs disciplines
respectives: techniques de jeu, musique, acrobatie. Cette
synth¨¨se est devenue une forme locale parmi d'autres
et incarne aujourd'hui le genre th¨¦âtral "national".